Regards croisés

Régulièrement, un jeune photojournaliste soumet un mini-portfolio de son choix au regard critique d’un vétéran du métier. Lequel, en retour, soumet au regard critique de son cadet une sélection de photos prises lorsqu’il avait le même âge que lui. Le CIP entend ainsi promouvoir les échanges entre les jeunes photographes, qui se sont lancés dans la profession à l’ère du tout-numérique, et leurs aînés qui ont démarré leur carrière à l’époque des pellicules de trente-six poses et du développement en chambre noire.

Les photos de Louis Witter

Photojournaliste indépendant basé en France, Louis Witter est né à Verdun en 1995 et a étudié le journalisme à Paris. Sensible aux questions sociales, il a travaillé ces dernières années sur les groupes d’extrême-droite et d’extrême-gauche en France, et sur la crise des réfugiés. En 2015, il est parti couvrir les conflits en Ukraine et en Irak, et a vécu quatre mois au Liban. Louis Witter est distribué par l’agence Hans Lucas.

www.louiswitter.com

En conclusion...

"Tu fais partie de la nouvelle génération de photographes, qui a une approche de l’image différente de ma génération. Durant une grande partie de ma carrière de photographe d’agence, j’ai été limité par les films de 36 poses maximum. A l’époque, quand on partait couvrir un événement, on pouvait rarement se permettre de transmettre des séries de photos. Il était impératif que chaque image prise individuellement ait tout en elle, qu’elle réponde à elle seule à la règle des 5W (Who ? What ? Where ? When ? Why ?). Sur la série de photos que tu présentes, seule la première répond à ces critères. Les autres sont techniquement de très bonnes images, mais elles ont besoin de se retrouver parmi d’autres, avec un texte d’explication, pour avoir un sens.
Ce ne sont pas des reproches, mais simplement le constat des différences entre ta génération et la mienne. Les photographes qui ont commencé à travailler à l’ère numérique peuvent raconter absolument tout ce qu’ils veulent. On trouve sans arrêt dans les médias en ligne des diaporamas avec dix ou douze photos. Il n’y a plus de limites à la créativité. On est inondé d’images, mais on repère aussi tout de suite celles qui sont bonnes. Tu as une approche très intellectuelle de la photo, tu sais ce que tu veux. Je pense que tu fais partie de ceux qui font la différence." - Patrick Baz

Les photos de Patrick Baz

Franco-libanais né à Beyrouth en 1963, Patrick Baz commence sa carrière de photographe pendant la guerre du Liban, qui éclate lorsqu’il a 12 ans. En 1989, l’Agence France-Presse l’envoie couvrir la première Intifada. Il a depuis couvert pour l’AFP un grand nombre de conflits au Moyen-Orient et ailleurs : la première guerre du Golfe, la Somalie, la Bosnie, l’Afghanistan, les révolutions en Egypte et en Libye… Il est directeur du bureau de l’AFP à Bagdad pendant l’invasion américaine de 2003 et a également été directeur photo de l’agence pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

En conclusion...

"Beaucoup de choses ont changé. La technique tout d’abord, avec le passage au numérique, la possibilité de progresser très vite et à moindre coûts en photo.
Personnellement je pense qu’aujourd’hui tout le monde est capable de faire une « bonne photo ». Là où cela devient plus dur, c’est qu’on ne doit plus simplement faire que de bonnes photos mais plutôt raconter des histoires, avoir des éditings construits et des sujets moins « news » pour s’en sortir. Là où tu appuyais une ou deux fois sur le déclencheurs, aujourd’hui je peux appuyer 20 fois, sans regrets financiers et sans contrainte matérielle. Mais tu fais partie d’une génération de modèles pour pas mal de jeunes comme moi qui démarrent, avec une réflexion aujourd’hui à posteriori sur ce métier, ses problèmes, ses facettes. Et ça c’est super précieux, de pouvoir échanger, apprendre de ça." - Louis Witter

Si vous êtes un jeune photojournaliste et que vous souhaitez soumettre votre portfolio à l’oeil critique d’un photographe « vétéran », contactez le CIP.

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