Colloque – Les frontières de l’image

« Les frontières de l’image »

Le terme « image » est employé dans différents contextes de manière polysémique. Il désigne d’une part les manifestations graphiques comme la photographie, le dessin, le vidéogramme, et d’autre part les représentations métaphoriques, l’intériorisation des événements, des personnes ou des idées. Qu’il s’agisse de la société, de l’environnement ou des modalités d’intégration des savoirs, la littérature et la presse martèlent comme une antienne l’existence

d’une « civilisation des images » (Gusdorf, 1960)1.

Ce phénomène serait accentué avec le numérique. Les technologies de l’information et de la communication, en répandant des écrans et des contenus riches de médias, rempliraient le milieu de vie d’objets, d’outils et d’instruments figuratifs complémentaires ou concurrents des textes et des légendes. La réalité virtuelle, qui propose un nouveau procédé de création et de production graphiques, amplifierait un phénomène d’acculturation au mode pictural (Cerisier,

2013)2.

Pourtant, les images ont toujours été présentes dans le quotidien comme dans l’exceptionnel dans nos sociétés occidentales depuis l’Antiquité. Elles ont suscité le débat voire des ruptures et des conflits. Ce sont des traces pour l’histoire, les sciences humaines et sociales, la communication et l’éducation. Ce furent aussi des icônes ouvrant un passage entre le sensible et le spirituel. L’image, message figuratif et expressif (Moles, 1978), est porteuse de sens et

d’une poétique (Bachelard, 1957)3  qui nourrissent l’imagination et l’imaginaire. Elle abrite

des symboles (Levi-Strauss, 1962)4 qui seraient les soubassements oraux et communautaires des écritures technologiques et sociétales.

Les images ne sont pas neutres. Elles délimitent ce qu’elles représentent et rendent compréhensibles des éléments complexes en les schématisant, les hiérarchisant ou en montrant un fragment du réel comme du récit imaginaire. Ce faisant, elles sont porteuses d’arbitraires : le cadrage du photographe masque ce qui est extérieur au périmètre de l’objectif. La lecture de l’image suppose donc une attention particulière et nécessite des compétences accrues pour en maîtriser tous les contours.

En partenariat avec le nouveau Centre International du Photojournalisme (CIP) basé à Perpignan, pendant le festival International du Photojournalisme Visa pour l’image et dans une réflexion plus vaste portée par une équipe de chercheurs du CRESEM de l’Université de Perpignan Via Domitia sur les rapports entre images et textes, nous proposons un premier colloque qui a pour objet de questionner « les frontières de l’image ». Cette rencontre se veut fondatrice d’une série de conférences, de colloques et d’un programme de recherche. Elle vise à confronter les approches méthodologiques scientifiques et l’expérience des professionnels.

Au cœur du rapport entre frontières et images, se noue un dialogue entre disciplines : sciences de l’information et de la communication, histoire de l’art, sciences de l’éducation, littérature, esthétique…

Les communications doivent répondre à l’un des quatre axes suivants :

 

Un premier axe concerne les frontières physiques de l’image, quelle que soit la période (de l’Antiquité à nos jours) : questions de cadre, de cadrage, de l’intégration physique entre les éléments d’un document associant textes et images, etc.

Le second axe concernera les frontières éthiques, culturelles et sociétales. Que peut montrer une image en fonction des publics (en particulier dans le cadre de la médiation scolaire) et selon les périodes de l’histoire liées à l’imaginaire propre à chaque société ?

Le troisième axe concerne les frontières entre texte et images. Comment bascule-t-on d’un système de représentation à l’autre ? Quelles sont les limites et les insuffisances de ces deux médias ?

Le dernier axe concernera plus particulièrement la dématérialisation des frontières de l’image à travers Internet, les bases de données, le Big Data, etc. L’effacement physique des limites conduit-il à la création de nouvelles frontières et à la nécessité d’une éducation pour les envisager ?

1 Gusdorf G. (1960), Réflexions sur la civilisation de l’image, Civilisation de l’image, Paris, Fayard, pp. 11-36.

2 Cerisier J.-F., (2013), Acculturation numérique et médiation instrumentale, HDR, Université de Poitiers.

3 Bachelard G. (1957), La poétique de l’espace, Paris, PUF.

4 Levi-Strauss C. (1962), La pensée sauvage, Paris, Plon.

 

 

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